L'acheteur le plus fidèle de vos actions est parti

Si vous avez acheté Alphabet, vous avez eu pendant des années un acheteur que vous ne voyiez jamais: Alphabet elle-même. En 2024, l'entreprise a racheté ses propres actions pour 62 milliards de dollars, près de 250 millions chaque jour où la Bourse était ouverte.

Cette année, elle n'en a racheté aucune.

Je précise tout de suite que je ne sais pas si la Bourse va baisser. Ceux qui l'annoncent tous les ans finissent par avoir raison, juste une fois, et on les appelle alors des visionnaires. On peut quand même savoir qui achète et qui a arrêté, parce que ça se lit dans les comptes.

Où part l'argent

Quand une entreprise rachète ses actions, elle les retire du marché. Il en reste moins, et chacune représente une part un peu plus grosse de l'entreprise. Pendant des années, les géants de la tech américaine l'ont fait à une échelle énorme, et ceux qui détenaient leurs actions en ont profité sans lever le petit doigt.

Alphabet et Meta ont arrêté en 2026. Leur argent part dans les centres de données pour l'IA, et il en faut tellement que Goldman Sachs écrivait en mai que ces dépenses égalent "100 %" de ce que leur activité leur rapporte cette année. Les cinq plus gros (Amazon, Alphabet, Meta, Microsoft et Oracle) ne mettent plus que 15 % de leurs dépenses dans les rachats, contre 27 % en moyenne entre 2017 et 2022. Le nombre d'actions d'Alphabet et de Meta a même recommencé à grimper, d'environ 1,4 %, parce qu'elles paient une partie de leurs salariés en actions et ne compensent plus en rachetant.

Pour être honnête, tout le monde n'a pas suivi. Microsoft rachète encore (6,8 milliards de dollars au premier semestre), et Amazon ne rachetait déjà plus depuis 2022. L'histoire tient surtout à deux entreprises, et elles pèsent lourd dans l'indice.

Les gérants de fonds pourraient prendre le relais, sauf qu'ils ont peu de quoi le faire. Bank of America les interroge tous les mois: en octobre, ils gardaient 3,9 % de leur argent en liquide, sous le seuil de 4 % que la banque elle-même lit comme un signal de vente. Et ils n'ont jamais eu autant de tech en portefeuille depuis août 2020. Pour acheter davantage, il leur faudrait vendre autre chose.

C'est peut-être pour ça que l'indice américain et ses actions ne racontent plus la même histoire. Le 16 octobre, le S&P 500 était à 2 % de son record, alors qu'une action sur trois de cet indice cotait plus de 20 % sous son plus haut de l'année. Quelques très grosses entreprises suffisent à tenir le chiffre que tout le monde regarde.

— Les rachats, c'était surtout de la cosmétique, non?
— Peut-être. Mais quand 62 milliards d'achats par an disparaissent, quelqu'un d'autre doit les remplacer, et je ne vois pas encore qui.

Ce que j'ai fait, moi

J'ai choisi de sortir des hyperscalers, ces géants qui construisent les centres de données, et de passer en défensif.

Ma règle de vente habituelle ne m'y obligeait pas tout à fait. Je garde une entreprise tant qu'elle vend autant pour le même coût, et leurs ventes montent encore (+24 % pour Alphabet au deuxième trimestre). Chez Meta, en revanche, la marge serait passée de 43 % à 31 % en un an, d'après les chiffres que j'ai trouvés: les coûts montent plus vite que les ventes, ce qui est exactement ce que je surveille.

Surtout, j'achète une entreprise exceptionnelle à un prix normal, et je ne sais plus dire ce que vaudront ces machines dans cinq ans. Je trouve difficile de payer cher ce que je ne sais pas évaluer. Je me trompe peut-être: si ces investissements rapportent autant qu'elles l'espèrent, je raterai une partie de la hausse, et je l'accepte.

Ce que vous pouvez regarder sur vos lignes

Vous n'avez aucune raison de faire comme moi, puisque vos lignes, votre prix d'achat et votre horizon ne sont pas les miens. Mais vous pouvez poser à chacune les deux questions que je me pose, quoi qu'il se passe dans la salle. L'entreprise vend-elle autant, pour le même coût? Et le prix que je paie est-il normal pour ce que je vois de son avenir?

La première se vérifie à chaque publication de résultats, et Alphabet comme Meta publient les leurs dans les prochains jours. La seconde, personne ne peut y répondre à votre place.

Quand les acheteurs s'en vont, il ne vous reste que ce que vous savez de l'entreprise que vous avez achetée.

Si ce que vous venez de lire vous concerne et que vous voulez savoir concrètement comment vous positionner face à cette situation…

Je vous invite à remplir ce formulaire (3 minutes).

Les informations que vous me donnez me permettent de comprendre votre situation précise et de vous faire une proposition claire et adaptée.

Ceux qui le font maintenant sont ceux que je contacte en priorité.

À tout de suite,

Proclamer

Continuer à lire

Voir plus
caret-right