L'hiver où la France va payer

Faisons un calcul simple, sur un seul plein.

Il y a peu, un plein de 50 litres de gazole à 1,50 € coûtait 75 €. À 3 € le litre, le même plein coûte 150 €.

Même voiture, même réservoir, même trajet. Le double.

Dans l'épisode 1, on a vu que le pétrole ne passe plus et que les raffineries sont détruites. Dans l'épisode 2, qu'il faudra au minimum trois ans pour tout réparer. Aujourd'hui, on fait les comptes.

Pourquoi le prix à la pompe s'envole plus vite que le pétrole

Quand vous payez un litre de gazole, vous payez trois couches.

Couche 1 : le carburant lui-même. C'est le prix du gazole avant taxes. C'est lui qui explose, poussé par tout ce qu'on a décrit : les raffineries hors service, les navires qui contournent l'Afrique, les assurances multipliées par dix.

Couche 2 : la TICPE. C'est une taxe fixe d'environ 0,61 € par litre, quel que soit le prix du pétrole.

Couche 3 : la TVA à 20 %. Elle s'applique sur tout le reste, y compris sur la TICPE. On paie une taxe sur la taxe.

Le résultat est mécanique : chaque euro de hausse du carburant coûte 1,20 € à la pompe. Quand le gazole passe de 1,50 € à 3 €, la TVA prélevée sur chaque litre double, passant d'environ 0,25 € à 0,50 €. Plus le prix monte, plus il accélère.

2,50 €, c'était le scénario « normal ». Il est déjà dépassé.

Selon les simulations, la trajectoire d'un choc « standard » menait vers 2,50 € le litre.

Le gazole est déjà à 2,68 € à Paris.

Nous sommes sortis du scénario standard. Les stocks qui amortissaient le choc s'épuisent d'ici décembre. 2,80 €, puis 3 € le litre sont désormais les prochaines étapes probables.

Ce que ça coûte à un ménage : deux mois de salaire

Prenons un ménage qui habite hors d'une grande ville et fait quatre pleins par mois, ce qui est courant quand on travaille à 30 ou 40 km de chez soi.

  • Surcoût par plein : 1,50 € × 50 litres = 75 €

  • Par mois : 75 € × 4 pleins = 300 €

  • Par an : 300 € × 12 = 3 600 €

Ajoutez le fioul pour se chauffer l'hiver : plus de 4 000 € par an.

4 000 €, c'est environ deux mois de salaire médian en France. Deux mois de travail par an qui partent uniquement dans l'augmentation du carburant et du chauffage.

Et pour que l'épargne compense ? Si le carburant double, il faut avoir fait plus de 140 % de gains en bourse pour garder le même pouvoir d'achat, une fois les 30 % d'impôt sur les plus-values prélevés.

Le diesel est dans tout ce que vous achetez

Le calcul ci-dessus ne concerne que la pompe et la cuve. Mais le diesel ne s'arrête pas à votre réservoir. Suivez le trajet d'une baguette :

  1. Le tracteur laboure, sème et récolte le blé. Il roule au diesel.

  2. Le camion emmène le grain au silo, puis au moulin. Diesel.

  3. Le camion livre la farine au boulanger. Diesel.

  4. Et les engrais, les emballages et les machines ont eux-mêmes été fabriqués et transportés grâce au pétrole.

À chaque étape, le coût du gazole a doublé. Chaque acteur répercute la hausse sur le suivant. Et le dernier maillon de la chaîne, c'est le client en caisse.

Il en va de même pour les fruits et légumes, la viande, les produits laitiers, les colis, les médicaments et les matériaux de construction. Près de 9 marchandises sur 10 voyagent par la route en France. Une crise du diesel devient une crise du prix de tout.

Et comme on l'a vu dans l'épisode 2, les transporteurs et les agriculteurs qui n'auront plus la trésorerie pour acheter leur carburant ne se contenteront pas d'augmenter leurs prix. Ils s'arrêteront.

Nous avons déjà vécu ça

En 1973, puis en 1979, deux chocs pétroliers ont frappé le monde. En France, l'inflation a dépassé 13 % par an. Les prix s'emballaient, les salaires ne suivaient pas, le chômage de masse s'est installé. Ce fut la fin brutale des Trente Glorieuses.

En 1973, le problème était l'accès au pétrole. Aujourd'hui, on cumule le pétrole qui ne passe plus ET les raffineries qui ne peuvent plus le transformer. Les deux couches du problème, en même temps, avec des délais de réparation de trois ans.

Ce qui arrive cet hiver

Mettons tout bout à bout.

Le gazole est déjà au-dessus du scénario standard. Les stocks qui amortissaient le choc s'épuisent d'ici décembre. L'Europe manque physiquement de 15 à 20 % de son gazole. Le gaz sera rare et cher au moment où la demande de chauffage sera au plus haut. Les entreprises qui transportent et produisent ce que nous mangeons voient leur trésorerie fondre.

Et tout cela arrive au même moment : cet hiver.

La semaine prochaine, dans l'épisode 4 : comment traverser cette période. Une stratégie concrète, poste par poste, pour subir le moins possible ce qui se profile.

Si ce que vous venez de lire vous concerne et que vous voulez savoir concrètement comment vous positionner face à cette situation…

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Ceux qui le font maintenant sont ceux que je contacte en priorité.

À tout de suite,

Le Bouffon Lucide - Proclamer

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