Les Émirats arabes unis sont l'un des géants mondiaux du gaz. Ils possèdent des réserves colossales, des usines de liquéfaction, et une flotte de méthaniers en pleine expansion.
Et cet été, des cargaisons de gaz liquéfié américain ont pris la direction des Émirats.
Relisez cette phrase. Un pays du Golfe, assis sur l'une des plus grandes réserves de gaz de la planète, voit arriver du gaz venu du Texas pendant que sa propre production reste coincée derrière le détroit d'Ormuz. Le Qatar, premier exportateur de la région, annule ses livraisons jusqu'en novembre. Le Qatar et les Émirats ont perdu des dizaines de millions de tonnes de gaz cette année. Et l'Europe entre dans l'hiver avec des stocks parmi les plus bas depuis des années.
Voilà le monde dans lequel nous sommes entrés. Et la question que tout le monde devrait se poser n'est plus « combien ça va coûter ? », mais « combien de temps ça va durer ? »
La réponse de mon proche ingénieur est sans appel : trois ans. Au minimum.
Une raffinerie ne se répare pas comme une voiture
Dans l'épisode 1, on a vu que des raffineries ont été détruites. Beaucoup imaginent qu'on les répare en quelques semaines, une fois les combats calmés. C'est faux, et c'est dangereux de le croire.
Réparer une installation industrielle de cette taille, c'est une chaîne d'étapes incompressibles :
mobiliser des équipes spécialisées, qui doivent venir du monde entier
réaliser les études et le dessin industriel : chaque installation est unique et il faut tout recalculer
commander les pièces
intervenir sur place, souvent dans des zones encore dangereuses
Chacune de ces étapes prend des mois. Mises bout à bout, elles prennent des années.
Trois ans de file d'attente. Pour tout.
C'est le chiffre qui devrait faire la une de tous les journaux.
Vous voulez une turbine à gaz pour comprimer du gaz naturel ? Trois ans d'attente. Un navire pour remplacer celui qui a été détruit ? Trois ans d'attente. De quoi remettre en route une raffinerie ? Trois ans d'attente, études, mobilisation, réparation et pièces comprises.
Et selon mon proche, c'est un strict minimum.
Pourquoi est-ce si long ? À cause de ce que les industriels appellent la montée en cadence. Les usines qui fabriquent ces équipements sont dimensionnées pour une demande normale. Pour produire plus vite, elles doivent embaucher, former des soudeurs et des techniciens hautement qualifiés, ouvrir de nouvelles lignes et entraîner avec elles toute une chaîne de sous-traitants. Rien de tout cela ne se décrète. Et aujourd'hui, le monde entier commande en même temps.
Les professionnels du secteur ne disent pas autre chose : certains analystes n'attendent pas un retour à l'équilibre du marché du gaz avant 2028.
Il n'y a pas assez de bras
Même avec les pièces, il faut des gens pour les installer. Et ces gens sont rares.
Les techniciens capables de remettre en service une raffinerie ou une station de compression ne sont que quelques milliers dans le monde. Ils ne peuvent pas être partout à la fois. Et quand on leur demande d'aller travailler en zone de guerre, sous la menace de drones et de missiles, leur prix explose. Pour ceux qui acceptent.
L'assurance : dix fois plus cher
Chaque tanker qui navigue dans la région doit être assuré. Avant la crise, la prime de risque pour un superpétrolier tournait autour de 3 millions. Aujourd'hui, on parle de 30 millions.
Dix fois plus. Pour chaque navire. Et ce coût, personne ne l'absorbe : il est répercuté sur chaque baril, chaque litre, jusqu'à votre pompe.
Le piège silencieux : la trésorerie des entreprises
Voici le mécanisme dont personne ne parle, et qui pourrait faire le plus de dégâts.
Une entreprise de transport, une coopérative agricole ou un distributeur de fioul achètent leur carburant avant de le revendre ou de l'utiliser. Quand les prix montent, ils doivent avancer beaucoup plus d'argent pour le même volume. C'est ce qu'on appelle le besoin en fonds de roulement.
Avec des prix qui augmentent de seulement 10 %, la trésorerie de l'année précédente est déjà engloutie. Il faut alors emprunter. Et si la banque dit non ?
Faillite.
Pas parce que l'entreprise est mal gérée, ni parce qu'elle n'a pas de clients. Simplement parce qu'elle n'a plus le cash pour acheter ce dont elle a besoin pour travailler. Des transporteurs, des agriculteurs, des PME par milliers pourraient tomber ainsi, en silence, les unes après les autres.
Ce que ça veut dire pour vous
Mettez tout bout à bout : des raffineries détruites, trois ans pour les réparer, des techniciens introuvables, des assurances multipliées par dix, des entreprises étranglées par leur propre trésorerie.
Il n'y a pas de sortie rapide. Pas de cessez-le-feu miracle qui ramènerait le gazole à 1,50 € le mois suivant. Même si les armes se taisaient demain, les installations resteraient à reconstruire.
Nous ne traversons pas une crise. Nous entrons dans une période.
La semaine prochaine, dans le dernier épisode, on fait les comptes. Ce que ce choc va coûter concrètement à votre ménage, pourquoi 3 € le litre n'a plus rien d'un scénario extrême, et pourquoi il faut relire d'urgence l'histoire des années 1970.
Si ce que vous venez de lire vous concerne et que vous voulez savoir concrètement comment vous positionner face à cette situation…
Je vous invite à remplir ce formulaire (3 minutes).
Les informations que vous me donnez me permettent de comprendre votre situation précise et de vous faire une proposition claire et adaptée.
Ceux qui le font maintenant sont ceux que je contacte en priorité.
À tout de suite,
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